Les gens de Black Point

Les gens de Black Point

Johnny et Louisa May perpétuent la tradition de BlackPoint

Black Point est très peu habité et seulement deux mois par an, mais l’endroit est quand même habité. De juillet à la fin août, la Pointe de roches noires est le cadre de certaines activités humaines. Inuits et blancs se partagent harmonieusement cette portion de territoire. Il y a bien sûr la pourvoirie Inukshuk Lodge qui renaît de ses cendres depuis peu avec des activités de pêche, trekking et safaris photos mais il y a aussi (et surtout) un campement Inuit installé directement sur cette pointe noire. Il s’agit d’une famille Inuit qui vient y passer ses vacances estivales. Il y a longtemps, au cours d’une chasse avec son père, le chef de famille et légende du Nunavut, M. Johnny May, a identifié ce site qui présentait tous les paramètres nécessaires pour s’y installer; eau profonde et baie abritée pour ancrer les bateaux, potentiellement un bon endroit pour la pêche, grand terrain plat pouvant servir de piste d’aviation et eau potable. Il en fit son quartier d’été.

Les marées ryhtment la vie de la famille

Depuis, ce lieu se veut le site de la rencontre familiale annuelle. Au pic des vacances, on peut y compter près d’une trentaine de personnes et quelques chiens. La plupart y viennent en avion et d’autres en bateau. Ils en profitent pour faire le plein de poissons et de gibier, l’endroit se prête bien à ça il faut le dire. Des filets pour la capture de l’omble chevalier sont installés et visités quotidiennement, les jours calmes servent à chasser le phoque en mer et un peu de chasse aux petits gibiers dans la toundra représentent l’ensemble des activités de prélèvement. Ce qui peut par contre être le plus important dans ces activités est peut-être les rapprochements familiaux. Les pères enseignent le maniement des armes à feu et la pêche à leurs enfants ou petits enfants, les femmes font la démonstration aux plus jeunes des techniques d’apprêtage des viandes et poissons, le fumage et le séchage, bref, la vie telle qu’ils la vivaient avec leurs propres parents. C’est la perpétuation des coutumes.

En agrandissant, je me suis rendu compte que c’était une arme à feu. 

Alors que je regardais mes photos d’enfants jouant dans la toundra, j’ai remarqué que l’un d’eux transportait un objet long et mince. En agrandissant, je me suis rendu compte que c’était une arme à feu. Le jeune devait bien avoir une dizaine d’années et c’était lui qui était responsable de la sécurité du groupe. Il devait assurer la sécurité de ses camarades s’il voyait un ours polaire, à 10 ans! L’arme à feu n’est pas un jouet ni un objet tabou pour les Inuits, elle est nécessaire pour la survie et ils apprennent très tôt à s’en servir. Par la suite, j’ai remarqué que dans chacun des groupes d’enfants que j’ai vu jouer dans la toundra, il y en avait toujours un qui portait une arme. Les parents ne laisseraient pas les enfants s’éloigner du campement sans qu’il y en ait un d’armé.

En revenant au campement en fin de journée, mon regard est attiré par un bâton court, planté à la verticale. Je ne souviens pas de l’avoir vu là auparavant. Il faut dire qu’il n’y a pas beaucoup de bois à cet endroit. En m’approchant pour satisfaire ma curiosité, je tombe sur… des bâtons et balles de golf! Oui, les Inuits avaient joué au golf cette journée-là. Le terrain plat et la végétation courte forment un terrain fort acceptable, le bâton à la verticale indiquait un trou. Je l’admet, le terrain est propice mais je ne m’attendais pas à ça.

Il est toujours agréable et instructif d’avoir la visite au camp d’un ou d’une des membres de la famille. Leurs histoires me donnent toujours le goût d’en entendre une autre, je suis inlassable. Dans ces histoires il est des choses vraiment incroyables comme cet homme à demi-fou retrouvé après deux mois perdu dans la toundra, l’atterissage forcé de Johnny et sa fille qui s’est soldé sans blessure aucune mais qui s’est terminé par un rapatriement du petit avion par hélicoptère jusqu’à Kuujjuaq. L’avion qui coule après que la glace ait cédé, le flotteur perdu en plein vol, les chiens de traîneaux morts et le retour pénible dans la neige de Johnny et son père, la tradition annuelle du « Candy drop ». Je vous conseille fortement de visionner l’excellent film « Les ailes de Johnny May » disponible en téléchargement sur le site de l’ONF. Il résume bien la vie de cet homme et de sa famille et il décrit très bien l’ambiance du Nunavut.

Avec toute cette histoire, Black Point pourrait être considéré un jour comme un site patrimonial du territoire que je n’en serais pas surpris.    

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