Auteur : Yves Demers

Combos photographie, pêche, trekking

Les approches des animaux dans le nord sont assez simples en prenant son temps

Si vous êtes comme moi, j’adore; la pêche, la photo, le trekking, la découverte, la navigation et l’observation. Si vous hésitez à vous embarquer pour une semaine de photographie ou de pêche ou de trekking, vous devriez penser à combiner vos activités préférées. Tout est possible, il suffit de demander et nous vous accommoderons pour une semaine sur mesure. Le fait demeure, on peut planifier les activités mais pas les journées où auront lieu ces activités. Ça, ça se décide le matin même! Quand les Icebergs sont visibles de la rive et que la mer est calme, on y va! Il pleut, parfait pour la pêche. Il vente trop pour la pêche, on va faire un peu de randonnée de découverte, etc. Pour chacune de ces activités, il y a quelqu’un pour vous accompagner. L’équipe est multidisciplinaire et très au fait des opportunités intéressantes.

vous pourriez accoster sur une des îles pour faire de la photo ou de l’ornithologie.

La pourvoirie dispose d’équipements de pêche pour les clients

Il est aussi possible de se joindre à un autre groupe qui planifie une activité qui vous intéresse. Si par exemple, un groupe de pêcheurs projette de se rendre taquiner l’omble chevalier autour des îles Birds ou Ducks, qui sont à plus ou moins une heure de navigation, ils doivent impérativement y aller à deux embarcations. L’une d’elle pourrait bien être la vôtre et plutôt que d’aller pêcher, vous pourriez accoster sur une des îles pour faire de la photo ou de l’ornithologie. Ou encore vous faire débarquer le temps d’une marée. Ça s’appelle de l’arrangement ou de l’opportunisme. Nous sommes très ouverts à toutes ces formes d’arrangements et en profitons à chaque fois que c’est possible.

Les restes de la banquise sont des oeuvres éphémères

Un autre exemple que j’ai vécu l’été dernier est celui de gens qui voulaient voir la banquise de plus près. D’autres voulaient aller à la pêche. Nous sommes partis à deux embarcations dans le même secteur et l’une d’elles s’est concentrée sur la banquise pendant que l’autre patrouillait les bancs de poissons. Tout le monde s’est réuni, bien ancré à un gros bloc de glace pour le repas de mi-journée. Nous nous sommes laissés dériver ainsi sur quatre kilomètres en regardant le spectacle et en écoutant des histoires de pêche, phoques, oiseaux, glaces… Un dîner sur la banquise est toujours rassembleur.

Le cuisinier lui y va de sa découverte d’un nouveau banc de moules qu’il vous servira en apéro.

Le soir au souper, qui est toujours communautaire, les histoires de la journée se racontent. Les trekkers y vont de leurs découvertes du territoire, des artefacts et ossement, pistes diverses et bêtes observées, les photographes pleurent d’avoir manqué telle photo mais jubilent d’avoir réussi telle autre qu’ils ne croyaient jamais pouvoir faire de leur vie. Les pêcheurs font goûter à tous le fruit de leur pêche et y vont des techniques utilisées, de la limpidité de l’eau, des gros poissons perdus… et attrapés, des dernières créations de mouches pour l’omble chevalier. Le cuisinier lui y va de sa découverte d’un nouveau banc de moules qu’il vous servira en apéro. Bref, les jours où plusieurs activités différentes se sont pratiquées font des soupers agités et je l’avoue, délicieux et très intéressants!

Les gens de Black Point

Johnny et Louisa May perpétuent la tradition de BlackPoint

Black Point est très peu habité et seulement deux mois par an, mais l’endroit est quand même habité. De juillet à la fin août, la Pointe de roches noires est le cadre de certaines activités humaines. Inuits et blancs se partagent harmonieusement cette portion de territoire. Il y a bien sûr la pourvoirie Inukshuk Lodge qui renaît de ses cendres depuis peu avec des activités de pêche, trekking et safaris photos mais il y a aussi (et surtout) un campement Inuit installé directement sur cette pointe noire. Il s’agit d’une famille Inuit qui vient y passer ses vacances estivales. Il y a longtemps, au cours d’une chasse avec son père, le chef de famille et légende du Nunavut, M. Johnny May, a identifié ce site qui présentait tous les paramètres nécessaires pour s’y installer; eau profonde et baie abritée pour ancrer les bateaux, potentiellement un bon endroit pour la pêche, grand terrain plat pouvant servir de piste d’aviation et eau potable. Il en fit son quartier d’été.

Les marées ryhtment la vie de la famille

Depuis, ce lieu se veut le site de la rencontre familiale annuelle. Au pic des vacances, on peut y compter près d’une trentaine de personnes et quelques chiens. La plupart y viennent en avion et d’autres en bateau. Ils en profitent pour faire le plein de poissons et de gibier, l’endroit se prête bien à ça il faut le dire. Des filets pour la capture de l’omble chevalier sont installés et visités quotidiennement, les jours calmes servent à chasser le phoque en mer et un peu de chasse aux petits gibiers dans la toundra représentent l’ensemble des activités de prélèvement. Ce qui peut par contre être le plus important dans ces activités est peut-être les rapprochements familiaux. Les pères enseignent le maniement des armes à feu et la pêche à leurs enfants ou petits enfants, les femmes font la démonstration aux plus jeunes des techniques d’apprêtage des viandes et poissons, le fumage et le séchage, bref, la vie telle qu’ils la vivaient avec leurs propres parents. C’est la perpétuation des coutumes.

En agrandissant, je me suis rendu compte que c’était une arme à feu. 

Alors que je regardais mes photos d’enfants jouant dans la toundra, j’ai remarqué que l’un d’eux transportait un objet long et mince. En agrandissant, je me suis rendu compte que c’était une arme à feu. Le jeune devait bien avoir une dizaine d’années et c’était lui qui était responsable de la sécurité du groupe. Il devait assurer la sécurité de ses camarades s’il voyait un ours polaire, à 10 ans! L’arme à feu n’est pas un jouet ni un objet tabou pour les Inuits, elle est nécessaire pour la survie et ils apprennent très tôt à s’en servir. Par la suite, j’ai remarqué que dans chacun des groupes d’enfants que j’ai vu jouer dans la toundra, il y en avait toujours un qui portait une arme. Les parents ne laisseraient pas les enfants s’éloigner du campement sans qu’il y en ait un d’armé.

En revenant au campement en fin de journée, mon regard est attiré par un bâton court, planté à la verticale. Je ne souviens pas de l’avoir vu là auparavant. Il faut dire qu’il n’y a pas beaucoup de bois à cet endroit. En m’approchant pour satisfaire ma curiosité, je tombe sur… des bâtons et balles de golf! Oui, les Inuits avaient joué au golf cette journée-là. Le terrain plat et la végétation courte forment un terrain fort acceptable, le bâton à la verticale indiquait un trou. Je l’admet, le terrain est propice mais je ne m’attendais pas à ça.

Il est toujours agréable et instructif d’avoir la visite au camp d’un ou d’une des membres de la famille. Leurs histoires me donnent toujours le goût d’en entendre une autre, je suis inlassable. Dans ces histoires il est des choses vraiment incroyables comme cet homme à demi-fou retrouvé après deux mois perdu dans la toundra, l’atterissage forcé de Johnny et sa fille qui s’est soldé sans blessure aucune mais qui s’est terminé par un rapatriement du petit avion par hélicoptère jusqu’à Kuujjuaq. L’avion qui coule après que la glace ait cédé, le flotteur perdu en plein vol, les chiens de traîneaux morts et le retour pénible dans la neige de Johnny et son père, la tradition annuelle du « Candy drop ». Je vous conseille fortement de visionner l’excellent film « Les ailes de Johnny May » disponible en téléchargement sur le site de l’ONF. Il résume bien la vie de cet homme et de sa famille et il décrit très bien l’ambiance du Nunavut.

Avec toute cette histoire, Black Point pourrait être considéré un jour comme un site patrimonial du territoire que je n’en serais pas surpris.    

L’aventure du Grand Nord

L’été 2018 fut très tardif, la neige était encore présente fin juin

Qu’on le veuille ou non, l’Ungava c’est l’aventure. Pour le comprendre, il ne faut que quelques instants. Rien de ce qui était prévu n’arrive comme prévu. Il faut être très ouvert d’esprit et être prêt aux changements, aux adaptations. C’est pour cette raison que l’horaire de la semaine que je propose reste un horaire souple. Les jours prévus peuvent (et seront) intervertis selon les impondérables. Et, il y en a tout le temps! La marée, les conditions météorologiques, la faune, un intérêt insoupçonné avant le départ ou les opportunités imprévues (il y en a tout le temps). Cette notion d’adaptation bien intégrée, le voyage sera merveilleux quoi qu’il arrive.

Une fois les pieds au sol, c’est l’heure de l’Ungava qui s’installe; « Ungava time » comme on dit. On a beau prévoir tout ce qu’on veut faire, on ne peut pas prévoir quand on va le faire. Si par exemple, le plan de match pour la journée est de faire un trek de plus ou moins 10km afin de faire le survol d’un lieu. S’il se présentait un ours qui s’affaire à manger un phoque fraichement capturé, il ne faudrait pas en vouloir aux trekkers de s’attarder le temps qu’il faut pour en profiter et de couper le survol de moitié. Un autre exemple serait de tomber sur une bande de renardeaux qui se chamaillent à l’entrée de leur terrier alors qu’on avait prévu se rendre à l’embouchure d’une petite rivière plus loin. Quand l’opportunité se présente, on laisse tomber un peu la planification pour profiter de l’instant. Et ceci arrive presque tout le temps!

La brume s’invite parfois quand on ne s’y attend pas…

L’aventure c’est aussi tout ce qui peut arriver à chaque sortie. Lorsqu’on largue les amarres du zodiac par exemple, il est impératif d’avoir à bord tout ce qu’il faut en cas de retard important. Nourriture, vêtements de rechange et kit de survie. En débarquant sur une île ou à l’embouchure d’une rivière, c’est l’imprévu qui prend toute la place. Bien que la majorité des sorties soient tranquilles et se déroulent sans problèmes, il faut toujours avoir en tête que les conditions météorologiques peuvent nous jouer des tours. Et ces conditions, elles changent rapidement! On pense débarquer pour quelques heures et voilà que le vent ou la brume s’en mêlent et qu’on doivent y passer les douze heures des basses et hautes marées. Qu’à cela ne tienne, bien équipé pour ce genre d’imprévu, cela nous donne l’opportunité de bien vivre avec le lieu, de mieux le comprendre et le connaître. Ces quelques heures supplémentaires pourraient même être le point fort de la semaine.

Bref, il n’y a pas de place pour le vide dans nos sacs!

Les équipements de survie sont un kit obligatoire…

De même au départ d’un trek pour la journée, il faut prévoir un kit de survie et de la nourriture pour un peu plus longtemps que le trek prévu. Bien sûr, toutes les sorties, en mer comme sur terre, sont faites avec au moins l’équipement de base; arme, kit de survie, fusées de signalisation, radios et gps. Ça c’est non négociable. Mais il faut aussi un peu de nourriture riche en protéine en plus de ce qu’on apporte pour la journée. Bref, il n’y a pas de place pour le vide dans nos sacs!

Avec cette notion de prévention de l’imprévu en tête, nous ne sommes jamais pris au dépourvu et ne mettons jamais notre vie en danger; Ungava time, il ne faut pas l’oublier. Le pire serait de vouloir être à un certain endroit à un certain moment prédéterminé. J’ai fait à quelques reprises des expéditions en duo ou en solo sans lien avec l’extérieur et jamais je n’avais d’horaire à respecter. Je crois que c’est là le grand secret de la longévité dans le nord. Défiez la nature et vous ne vivrez pas vieux. Vivez en harmonie avec elle et vous en serez émerveillé durant longtemps! On est fatigué, on s’arrête. On est en forme, on continue. On va être en retard… on le sera!

Time lapse

Le time lapse offre des effets spectaculaires

Marée basse au campement

 

Certains sujets et certains moments sont difficiles à rendre à l’aide de la photographie. Les marées, l’éclosion de la flore printanière, le mouvement des nuages, etc. Bien que la video soit une belle porte de sortie, le time lapse est une opportunité souvent plus avantageuse. Une marée par exemple dure six heures. La prise video demandera donc que la caméra soit en fonction tout au long du phénomène. Le résultat sera une bande video très lourde qu’il faudra accélérer. La technique demandera aussi beaucoup d’énergie aux piles et une énorme quantité de mémoire. La technique du time lapse elle, se distinguera de la video par son économie de mémoire et de piles. De plus, elle permettra de retravailler chacune des photos au besoin. Elle est aussi très simple à réaliser avec un logiciel souvent gratuit et à l’aide d’un ordinateur qui n’a pas besoin d’être un monstre de performance. En voyage, toutes ces choses prennent beaucoup d’importance.

Des marées de l’ordre de 40 pieds offre des spectacles lunaires

Le time lapse permettra de reproduire cette impression de fluidité et de puissance mieux qu’une photo 

Cette technique du time lapse atteint le sommet de sa pertinence dans un endroit comme la baie d’Ungava. Elle pourra être utilisée pour mieux illustrer que la photo des phénomènes comme les grandes marées. Quinze mètres de marée, ça sort de l’ordinaire quand même! Aux endroits où la berge s’allonge au large, il est impressionnant de voir ces champs de roches immensément grands. À l’inverse, il est tout aussi impressionnant de les voir se faire inonder en quelques heures. Le time lapse permettra de reproduire cette impression de fluidité et de puissance mieux qu’une photo. Le changement de paysage aussi sera impressionnant à voir, ce que une photo ne permet pas. Un coucher et un lever de soleil sur une même bande video d’une trentaine de secondes vous impressionnera probablement. Du moins, avec les nuits particulières de l’endroit, ça vaut la peine de l’essayer.

L’été au nord du pays est très illuminé mais aussi très rapidement passé. Trois bonnes semaines et voilà que les signes de l’automne se font déjà sentir. La nature doit accélérer le pas et il n’y a pas de place pour le retard. Les plantes se développent donc vraiment rapidement. Il est très possible de voir à l’oeil nu à quel point la floraison a changé entre le matin et le soir. Les petits grandissent rapidement et pour cause, ils sont nourris près de vingt heures par jour! Tout ceci se prête à merveille à la prise de vue en mode time lapse. On braque la caméra sur un futur massif floral, on ajuste les paramètres des prises de vue et voilà. La journée peut se passer sur l’eau avec les Icebergs et au retour, les plantes pourraient être toutes sorties. Il ne reste qu’à assembler le tout le soir au camp. Même chose pour la marée, pour le défilement des nuages sur la toundra ou l’éclosion des oeufs d’un lagopède ou les oisillons au nid ou encore un terrier de renard (ce qu’on peut faire sans déranger le cours naturel des choses). Le tout est de bien assurer la caméra. Une boîte imperméable, une housse, tous les trucs sont bons pour y arriver. La météo étant plutôt imprévisible, il ne faut surtout pas laisser une caméra sans protection pour toute une journée. Ah oui, aucun danger de se faire voler le matériel si ça peut vous rassurer.

Il est toujours possible d’utiliser son appareil photo mais dans les cas où l’on doit laisser l’appareil pendant de longues heures, je préfère utiliser une caméra spécifiquement conçue pour le time lapse. On peut en trouver quelques modèles bien adaptés pour une utilisation extérieur avec une boîte de protection transparente et étanche. Ces caméras n’auront jamais la définition d’images de votre reflex, mais il sera intact même après plusieurs jours dehors aux intempéries. Et le montage video final sera tout-à-fait présentable, assez du moins pour vous aider à mieux visualiser certains phénomènes particuliers qui passent inaperçus parce qu’ils sont trop longs. Il est aussi possible avec une de ces caméras de filmer les trois semaines de l’été. Elles sont fabriquées pour les développements de longues durées. Il s’agit d’un projet personnel pour 2019!

Certains modèles offrent une résolution acceptable et des capteurs de 12, 16, 20 ou 24mp qui donnent un bon résultat.

Personnellement j’utilise un boîtier DSLR pour les time lapse de courte durée comme par exemple dans le cas où je passe le temps d’une marée sur une île remplie d’oiseaux. J’utilise parallèlement un autre boîtier pour faire les photos d’individus, de comportement ou d’action. Le time lapse de la première caméra me donnera un bon aperçu du mouvement général de la vie sur l’île et de son changement d’aspect selon les marées. Dans les cas du mouvement du soleil qui passe du jours à la nuit, puis l’inverse. Ces prises de vue se font à un moment où je dors et je n’ai pas le contrôle de la caméra. S’il advenait une pluie ou un très fort vent, ou même un ours curieux, je ne pourrais pas réagir. J’utilise donc pour ces moments une caméra de chasse qui est bâtie pour les intempéries. Certains modèles offrent une résolution acceptable et des capteurs de 12, 16, 20 ou 24mp qui donnent un bon résultat. Qui plus est, ces caméras peuvent être installées de façon à capturer une bête de passage (leur objectif premier) en photo ou en video. Les caprices de la météo n’ont pas d’effet sur ces caméras. Elles sont le meilleur moyen de surveiller un terrier ou un nid en se déclenchant par le mouvement. Même la nuit, un flash à led donne des videos ou photos plutôt surprenantes.

Photographier la banquise de la baie d’Ungava

La banquise de la baie d’Ungava

Certaines années la banquise de la baie d’Ungava omniprésente tout le mois de juillet et d’autres années, ce sont les Icebergs qui dominent le paysage marin. La banquise est mobile. Ses déplacements sont causés par les fortes marées et les vents. C’est donc dire qu’elle peut disparaître du paysage et réapparaître sans préavis. Avec un peu de chance, elle s’approche assez de la rive pour être atteinte en bateau. Il suffit d’une belle journée calme et le départ sonne pour une expédition au large avec la glace comme toute destination. Au programme, s’imprégner de l’ambiance blanche et vert émeraude des très nombreuses glaces submergées, vivre avec la faune particulière de la banquise et se laisser dériver au rythme du courant.

Phoques du Groënland

Les sternes arctiques seront probablement les premières à être remarquées.

La banquise attire beaucoup de faune même s’il n’y paraît pas vu de loin. Les sternes arctiques seront probablement les premières à être remarquées. Elles se perchent sur les glaces à l’affût d’un repas marin. Pas très farouches, elles s’envolent si on passe trop près, sinon elles restent juchées à poser pour les photographes que nous sommes. Tout autour, il y aura des guillemots à miroir, noirs et blancs l’été, blancs et noirs en hiver! Le ciel sera sillonné de quelques espèces de goélands et l’horizon sera occupé par des vols de canards, surtout des eiders à duvet.

Les sternes arctiques sont très présentes

Les pêcheurs de l’environnement de la banquise seront aussi présents; plongeons huards, plongeons catmarins et phoques du Groënland ou barbus ne devraient pas rater ce rendez-vous. Ils y sont la plupart du temps. D’autres, plus gros pourraient venir nous voir. Les rorquals à bosses, petits rorquals et bélugas fréquentent aussi le coin. Et là, il y en a un plus impressionnant que tous les autres, celui dont on doit se méfier, l’ours polaire! Il profite de la banquise pour se laisser flotter et approcher les phoques au repos. Il est possible d’en rencontrer à tout moment.

L’observation et la prise de photo de bout de banquise reste un moment très impressionnant

Tout ce spectacle rien que pour nous pendant que nous regardons et écoutons le bruit continuel des glaces qui s’entrechoquent et le chant des sternes. Le bateau amarré à une glace dérivante, nous prenons le temps de luncher et profitons de la glace pour garder le vin blanc au frais. Ce sera une journée physiquement facile et très riche en images de faune et de paysages. Les journées ensoleillées et sans vent ne sont pas monnaie courante. Quand il y en a une qui se présente, il ne faut pas la rater!

La nature rivalise d’audace pour nous offrir des scupltures éphémères

 

Le soleil de l’Ungava

Le soleil de l’Ungava offre une multitude d’opportunités

 

Le soleil de l’Ungava est sans conteste le soleil le plus particulier que je connaisse. Il ne dort que très peu et quand il se couche, en fait il ne fait que se préparer à se coucher puis se préparer à se lever.

En juillet, il n’y a pratiquement pas d’obscurité. Les rougeoyantes couleurs du coucher du soleil perdurent tant et aussi longtemps que l’astre ne se lève pas. Les deux phénomènes, le lever et le coucher, se mélangent. Le photographe qui veut perfectionner sa technique de photos de paysages aux couleurs de fin de journée aura tout le loisir de pratiquer.

On voit et on sent tous les changements de température et de luminosité.

Le campement d’Inukshuk Lodge à Black Point est situé aux abords de la baie d’Ungava. Tout juste à la limite de la ligne des hautes eaux. C’est donc dire que le soleil fait partie intégrante de tous les moments de la journée. Black Point aurait pu se nommer « Là où on voit loin ». Les phénomènes météorologiques sont par conséquent constamment présents. On voit et on sent tous les changements de température et de luminosité. Aussi la nature de Black Point est en mouvement perpétuel. Les marées les plus fortes de la planète changent le paysage en un mouvement fluide, constant et puissant. Le même point de vue permettra des prises de photos en mode « Timelapse » d’une richesse inouïe. L’image du champ de roches qui s’étend sur des centaines de mètres durant quelques heures, se changera plus tard en mer immense recouverte de la banquise ou de Icebergs.

Si on tourne la tête, c’est la toundra qui s’étend à perte de vue. Tantôt montagneuse, tantôt plane, elle sera grise, verte et blanche. Il faut dire qu’il subsiste des plaques de neige jusqu’en août! Le roc ancien fait quelques fois place à des milieux humides, des étangs ou des lacs. Ce paysage qui pourrait paraître monotone se trouve complètement illuminé et coloré dès que le soleil baisse sur l’horizon. À ce moment, le rose saumon, le rouge et l’orangé dominent. Il n’est alors pas possible de regarder ces lieux sans en être ému.

Un autre aspect non négligeable de l’ensoleillement particulier c’est que la lumière du matin tout comme la lumière de fin de journée, les deux meilleurs moments pour la photo, sont interminables. Le soleil se lève lentement et se couche tout aussi lentement. C’est donc dire que les meilleures heures de luminosité pour la photo durent assez longtemps pour faire de l’affût, faire des tests ou changer d’endroit. Le photographe n’est jamais pressé de faire sa photo à cause du court moment où la lumière est à son meilleur.

Photographier la faune de baie d’Ungava

Les avantages du début de la saison

Le début de saison est un moment propice pour observer la faune de la baie d’Ungava. Les insectes piqueurs sont encore sous forme de larves et toute la faune est occupée à la reproduction donc très active. Constituée en partie de migrateurs et de sédentaires, elle est abondante et diversifiée.  Évidemment les sédentaires ont le côté exotique qui fait la particularité de la région. On ne voit ces espèces que dans cette région. Les bêtes au pelage blanc, aux plumes blanches. Les bêtes qui adaptent leur couleur à leur environnement blanc dix mois par année. Mis à part ces dix mois blancs de neige, les deux qui restent sont vitaux pour toutes les espèces. Les mammifères mettent bas, les oeufs des oiseaux se développent et les poissons retournent à la mer. Tout ceci doit passer inaperçu sinon, c’est l’extinction. Dans un univers de pierres, de lichens et de mousses, les bêtes n’ont pas d’autre choix que de s’y fondre. Les renards blancs en hiver deviennent couleur de roches en été. Il en va de même pour les lièvres, les belettes et les lagopèdes. Ils se fondent parfaitement avec leur environnement et ceci, en même temps. La synchronisation est parfaite!

Les migrateurs eux se pressent de trouver un ou une partenaire et un lieu tranquille ou isolé pour fonder leur famille. J’ai bien écrit « isolé » mais il faut comprendre qu’une île rocheuse où les nids se touchent presque doit être considérée comme un endroit isolé et tranquille. Même si il a des milliers d’oiseaux sur cette île et que le bruit intense du piaillement remplit l’atmosphère, c’est un endroit où les prédateurs n’ont théoriquement pas accès. L’endroit est donc considéré comme isolé et tranquille.

Pour trouver la faune, la recherche, l’affût, les rencontres par hasard, tous les moyens sont bons! L’ingrédient essentiel est le temps.

Renard argenté sur la toundra

Ma technique de recherche, c’est le trekking pour trouver les terriers de renards, repères des ours, loups ou lièvres. Je note sur mon gps les endroits de mes rencontres et les lieux à fort potentiel et les endroits où j’ai repéré plusieurs pistes. J’observe aussi beaucoup pour tenter de comprendre leurs agissements. Sont-ils de passage seulement ou résident-ils dans les environs? Sont-ils en chasse? Et si oui, ils chassent quoi? Pour la faune ailée c’est la même chose mis à part les îles aux oiseaux et les falaises qui sont toujours les mêmes année après année. Ces longues journées d’observation se transforment en points sur une carte, puis en trajets. J’en fais un ou des trajets d’une journée qui relient les endroits où j’ai fait des rencontres ou bien où il y a un bon potentiel. Je prends aussi soin de laisser quelques espaces de temps pour l’exploration de nouveaux secteurs.

Renard arctique de retour au terrier

Le scénario parfait pour des photos de bêtes dans leur comportement naturel.

Pour peu qu’on soit bien équipé, la marche est relativement facile. Il faut contourner les terrains humides et rester sur le roc ou le gravier. Les journées sont longues, très longues (environ 20 heures) et on a le temps. Une fois un animal intéressant trouvé, on note les coordonnées sur un GPS pour y retourner plus tard ou pour partager notre trouvaille, puis un grand plaisir commence; l’observation!

Toutes les bêtes que j’ai croisées m’ont regardé avec curiosité, puis se sont remises à leur occupation première. Le scénario parfait pour des photos de bêtes dans leur comportement naturel. Même au terrier, le renard se fiche de la présence du photographe, en autant que ce dernier respecte une certaine distance. La faune de l’Ungava du printemps se prête très bien aux shootings photos.

Lièvre arctique qui profite des jeunes pousses vertes

Le printemps est aussi le moment où l’on découvre les signes de l’activité hivernale et printanière récente. Des ossements, des nids de lemmings, les plumes ou poils de la dernière mue, des coquilles d’œufs fraîchement éclos. La neige est encore présente par endroits. Des plaques blanches sur lesquelles il est généralement possible de marcher. Puis, le temps faisant son œuvre, apparaissent les premiers signes de croissance de la végétation. Je reviendrai ultérieurement dans un autre texte sur l’explosion florale particulière de ce coin de pays.